En pratique

« Je tiens à ce que le malade s’étende sur un divan [...] cette mesure [...] a pour but et pour résultat d’empêcher toute immixtion, même inperceptible, du transfert dans les associations du patient... »

Sigmund Freud,

La technique psychanalytique

Il ne suffit pas d’appliquer plus ou moins la théorie psychanalytique pour faire de la psychanalyse. La technique psychanalytique est indissociable de ce que certains appellent le cérémonial de la séance, mais qui en constitue le fondement.

Une règle primordiale : parler

Il ne s’agit pas en analyse de tenir une conversation polie. Il faut se laisser aller à dire tout ce qui passe par la tête, même le plus saugrenu, même le plus indécent, même le plus hostile au psychanalyste lui-même. C’est de cette liberté inhabituelle de parole que va naître la compréhension.

Pourquoi le divan ?

S'allonger dos au psychanalyste est hérité de la pratique de l'hypnose. Mais ce n'est pas une tentative de manipulation, tout au contraire.

L’objectif est de débarrasser l’analysant du lien social qui le force instinctivement à surveiller son langage, sa tenue, sa gestuelle, et à chercher chez son interlocuteur une sorte d’acquittement. Le divan permet de se relaxer, de se retrouver seul avec soi-même, et de commencer un dialogue presque intérieur, tant la présence du psychanalyste devient discrète.

Il est évident que le divan n’est pas adapté à l’enfant. D'ailleurs on ne peut pas purement parler de psychanalyse d'enfant. Il s'agit d'avantage d'éducation ou de rééduction, donc de psychothérapie.

Le silence de l’analyste

La technique psychanalytique est fondée entièrement sur la mise en paroles par l’analysant. Le silence de l’analyste témoigne de son écoute attentive mais aussi de son éthique. Il ne doit en aucun cas mener l’entretien sans quoi il tuerait la spontanéité des propos de l’analysant.

Le paiement des séances

La plupart des psychanalystes adaptent leurs tarifs en fonction des revenus du consultant. Mais en aucun cas le prix des séances ne peut être remboursé. 

La question n’est pas la reconnaissance de la "médicalité" du traitement analytique par les organismes d’assurance sociale - la loi interdit de toute façon le remboursement de la psychanlyse, même lorsqu'elle est pratiquée par un psychiatre.

Ce qui est en question est la valeur que l’analysant va donner à son travail : une séance qui ne coûte rien n’engage à rien. Mais surtout, en payant, l’analysant achète le résultat de son analyse. C’est bien plus important qu’il n’y paraît.

Analyse interminable

C’est sans doute la plus grande critique faite à la psychanalyse : on sait quand elle commence, pas quand elle finit.

D’abord, chercher une solution rapide, c’est considérer que sa souffrance est facile à guérir, qu’on ne va pas si mal que cela.

Ensuite il est peu probable de découvrir en quelques semaines ce qu’on a mis des dizaines d’années à construire, sauf à faire des raccourcis dangereux.

Enfin, et c’est encore ce qui différencie la psychanalyse pure d’autres techniques d’investigation, l’analysant avance à son rythme, et franchit chaque étape lorsqu’il se sent prêt à la franchir. Ce respect du rythme de l’analysant fait d’ailleurs partie de l’éthique de la psychanalyse pure.