L'éthique en psychanalyse

« Nous ne cherchons ni à édifier [le sort du patient], ni à lui inculquer nos idéaux, ni à le modeler à notre image avec l’orgueil d’un Créateur [... mais à] le pousser à libérer et à perfectionner sa propre personnalité ". »

Sigmund Freud,

La technique psychanalytique

Lacan a consacré un séminaire sur le sujet de l’éthique du psychanalyste. Mais à côté de son approche quasi philosophique, un certain nombre de règles peuvent être énoncées, qui caractérisent le devoir du psychanalyste envers celui ou celle qui le consulte.

La confidentialité et l'anonymat

Sans doute la plus évidente des règles, mais hélas pas toujours respectée à la lettre. Ne pas révéler le contenu des séances à un tiers est un principe évident. 

Certains s’inquiètent de l’usage professionnel que les psychanalystes pourront faire de l’expérience de la cure, mais même en supervision le psychanalyste se doit de ne pas révéler l’identité des cas qu’il souhaite aborder avec des collègues.

La confidentialité va plus loin. Elle impose indirectement de ne pas appartenir à l’entourage du consultant et d’éviter de le fréquenter.

Sans quoi, même s’il n’en a pas conscience, le psychanalyste agira inconsciemment en connaissance de cause : en séance il tiendra compte de ce qu’il sait par ailleurs, et réciproquement ce qui lui a été dit en séance influencera son attitude au quotidien.

Le respect, la tolérance et le non-jugement

Le psychanalyste ne doit en aucun cas porter un jugement sur ce qui lui est dit, ni sur les désirs, les croyances, la philosophie, la religion, etc. du consultant. La question du bien et du mal est hors de propos. 

Cela ne veut pas dire que le psychanalyste encourage un comportement anormal ou des opinions socialement condamnables. Cela signifie seulement qu’il n’est pas là pour cela, qu’il doit accueillir le consultant tel qu’il est et se comporte. 

La séance deviendra vite le seul endroit où le consultant ne se sentira pas jugé. Et ce climat de confiance permettra la libre parole, indispensable au travail analytique.

La non-intervention

Un sujet de controverse est la question de l’intervention du psychanalyste dans la réalité du consultant. Il est pourtant évident que le conseil est hors de propos de la psychanalyse. 

Les conseils, il n’est pas difficile d’en obtenir ailleurs - la famille, les amis, les collègues n’en sont généralement pas avares. Le psychanalyste doit s’interdire de participer aux décisions que le consultant est amené à prendre, ni même l’influencer dans ces décisions. 

Cette question oppose d’ailleurs la psychanalyse aux psychothérapies (qu’elles soient la pratique d’un psychologue, d’un psychiatre ou d’un psychothérapeute) puisqu’il n’est pas ici question d’apprendre au consultant quoi faire, mais de l’aider à voir clair en lui pour faciliter ses choix.

La non-intervention est également nécessaire à la maîtrise du contre-transfert et réciproquement.

La liberté d’interprétation

Le psychanalyste est souvent vu comme celui qui va pouvoir interpréter les rêves, les actes manqués, les associations libres que le consultant lui apporte. 

Si la tentation est grande, et la mise en pratique hélas fréquente chez certains praticiens, il est du devoir du psychanalyste de laisser au consultant le choix de l’interprétation. 

Interpréter à sa place serait lui imposer un modèle symbolique qui n’est pas le sien. C’est renoncer à la fonction de miroir indispensable au travail. Cette question oppose la psychanalyse pure à la psychanalyse appliquée -pratiquée par la majorité de ceux qui se réclament de la psychanalyse-, qui n’est qu’une forme de psychothérapie où le thérapeute interpète lui-même.

Le respect du rythme du consultant

C’est encore une particularité de la psychanalyse pure. 

Le psychanalyste respecte le consultant et ne peut avancer avec lui que si celui-ci est d’accord pour avancer. Cela signifie en particulier qu’il n’est pas question de le forcer à aborder un sujet, de lui poser une question, si ce n’est pour mieux comprendre ce qu’il vient de dire. 

En dehors de ce souci d’éclaircissement lié à la bonne communication entre psychanalyste et analysant, le psychanalyste doit laisser le temps au temps et ne pas brusquer les choses. 

D’ailleurs en analyse, lorsque le consultant trouve qu’il n’avance pas, il finit généralement par découvrir que c’est parce qu’il n’a pas envie d’avancer. Et en le découvrant, il avance.

L’expérience analytique du psychanalyste

Cette éthique, en particulier la non interprétation, n’est évidemment envisageable que dans la mesure où le psychanalyste maîtrise déjà lui-même ses processus inconscients, autrement dit, qu’il a lui-même suivi une psychanalyse jusqu’à son terme. 

C’est le seul moyen pour lui de ne pas projeter ses propres fantasmes sur l’analysant, et de jouer son rôle de miroir des projections et transferts de l’analysant.